
Source : Ouest-France, 11 septembre 2026
La pomme de terre reste une valeur sûre dans l’assiette des Français, mais sa production traverse une période délicate. Selon l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), la canicule estivale pourrait faire chuter les volumes récoltés d’environ 23 % cette année, un recul de production parmi les plus marqués jamais observés. Cette baisse climatique s’ajoute à une réduction volontaire de 10 % des surfaces cultivées, décidée par la filière après une année 2025 marquée par une surproduction (8,6 millions de tonnes collectées, contre une moyenne d’un peu moins de 7 millions sur les cinq campagnes précédentes).
Résultat attendu pour cette année : une récolte qui pourrait ne pas dépasser les 6 millions de tonnes. Dans un communiqué publié fin août, l’UNPT a prévenu que les volumes déjà engagés auprès des négociants et des industriels ne pourraient tout simplement pas être livrés en totalité. De quoi faire craindre des tensions d’approvisionnement dans les mois à venir, même si Bertrand Ouillon, délégué général du groupement interprofessionnel de la pomme de terre, appelle à la prudence : il est encore trop tôt pour tirer un bilan avant la fin de la campagne.
Malgré ce contexte incertain, la pomme de terre garde une place à part dans les habitudes alimentaires : elle demeure l’aliment préféré de 61 % des Français, d’après une enquête Opinion Way réalisée pour France AgriMer et l’interprofession (CNIPT). En moyenne, chaque Français en consomme 50 kg par an, dont 18 kg de pommes de terre fraîches et 32 kg sous forme transformée (frites surgelées, purée en flocons, chips, produits sous vide, plats cuisinés…).
Sur le plan de la production, la France occupe la deuxième place européenne derrière l’Allemagne, et reste le premier exportateur de pommes de terre fraîches du continent : près d’une pomme de terre sur deux cultivée en France part à l’export, vers le sud de l’Europe pour la consommation fraîche, et vers la Belgique, l’Allemagne ou les Pays-Bas pour la transformation industrielle. La demande mondiale de frites, en hausse de 2 à 4 % par an, tire fortement cette production : environ 2 millions de tonnes sont transformées chaque année par les usines françaises. L’exemple le plus marquant est celui de l’usine de Dunkerque, rachetée au groupe belge Clarebout par l’Américain Simplot, qui traite à elle seule 500 000 tonnes de pommes de terre par an.
C’est toutefois le segment des chips qui connaît la croissance la plus spectaculaire en France, avec une consommation en hausse de 40 % en dix ans. Une autre enquête Opinion Way, menée pour Intersnack (propriétaire des marques Vico et Curly), révèle que 86 % des Français en mangent régulièrement, une proportion qui grimpe même à 93 % chez les moins de 35 ans. Pour répondre à cet engouement, le groupe breton Altho-Brets a investi 123 millions d’euros dans une nouvelle usine à Noyal-Pontivy, dans le Morbihan, avec un objectif de production pouvant atteindre 25 000 tonnes de chips par an. Grâce à l’innovation sur de nouveaux arômes, la marque Brets est aujourd’hui devenue leader du marché français des chips, devançant l’américain Lay’s, propriété du groupe Pepsico.